Virginie et Vincent ne font pas les choses à moitié. Quand leur entreprise a pris son envol, ils s’y sont consacrés à 100%. Et quand l’appel du fleuve et des grands espaces s’est fait sentir, ces citadins aguerris n’ont pas hésité à faire leurs valises et à s’installer dans la Municipalité de Saint-Roch-des-Aulnaies.
Pour ces entrepreneurs qui voient grand et loin, s’ancrer là où l’horizon et les possibilités sont infinis... ça allait de soi!
Le parcours de Virginie, 34 ans, et de Vincent, 31 ans.
Bonjour Virginie! Pourrais-tu te présenter et nous présenter ton conjoint?
Moi c’est Virginie Tardif, j’ai 34 ans et je suis originaire de Beaumont, tout près de Lévis. Mon conjoint est Vincent Philippe-Picard, il est originaire de Gatineau et il a 31 ans.
Nous nous sommes rencontrés au Sea Shack, à Sainte-Anne-des-Monts! À l’époque, il habitait encore Gatineau et moi, j’habitais à Montréal. Nous sommes devenus un couple environ deux ans plus tard. Nous avons d’abord habité en Beauce parce que Vincent s’était fait offrir un travail dans une entreprise de canots.
Actuellement, nous habitons Saint-Roch-des-Aulnaies, à la limite de Région L’Islet. Quelques kilomètres plus loin, c’est le Kamouraska.
Ton conjoint et toi êtes entrepreneurs. Peux-tu nous parler un peu de votre entreprise?
Nous sommes propriétaires de l’entreprise Melifera, École d’apiculture nomade. Quand on a débuté ce projet, nous habitions en Beauce.
J’avais commencé à faire de l’apiculture par plaisir et j’ai montré comment faire à Vincent. On s’occupait de nos abeilles et un jour, Vincent m’a dit : « Pourquoi on ne ferait pas ça à chaque jour? ».
On a regardé un peu les besoins et on s’est dit que ce serait bien d’aider les personnes qui souhaitent faire de l’apiculture à la maison. On a remarqué que les gens se lançaient souvent dans ce projet-là à l’aveugle, mais ça prend beaucoup de connaissances et de maîtrise, surtout à l’approche de l’hiver. Tu veux que les abeilles survivent!
On a décidé de juste annoncer sur Facebook : « Est-ce que des gens seraient intéressés par un service clé en main d’entretien de ruche et d’éducation au sujet de l’apiculture à la maison? ».
Et ça a répondu. Tellement bien qu’on s’est dit : « Let’s go, on lance le projet-pilote ». Puis quand ça a continué de grandir, on a tout lâché pour ça. On s’est acheté un van pour faire le tour du Québec. Disons que nos parents n’étaient pas convaincus par notre décision (rires), mais on y avait réfléchi. Il se passait quelque chose, c’était maintenant.
Après, la COVID est arrivée. Les gens se retrouvaient soudainement à la maison, ils voulaient faire des jardins, des potagers... ils ont adopté des poules, ils voulaient des abeilles... Disons que ce contexte nous a vraiment propulsés. Ça nous a fait décoller, on avait vraiment beaucoup de clients.
Partout au Québec en plus! On a eu des demandes aux Îles-de-la-Madeleine, en Abitibi... Les gens étaient prêts à payer pour nos services, c’était une expérience. On arrivait avec notre van, tout notre équipement... toutes les deux semaines, même jour, même heure. Pour certains clients, c’était le highlight du mois!
C’est là qu’on a décidé de laisser la maison qu’on louait en Beauce et de s’établir dans la MRC de L’Islet.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans la région? Pourquoi Région L’Islet plutôt qu’ailleurs?
On avait envie de s’établir quelque part et le bord du fleuve, ça nous tentait. On avait le goût du grand air, de voir loin.
On en a vu des régions du Québec! Outaouais, Charlevoix, Bas-du-Fleuve... mais entre 5 et 16-17 ans, j’ai passé tous mes étés ici, au chalet de mes parents sur le bord du Lac Trois-Saumons. J’avais toujours ce même feeling de vacances quand je venais ici, je me disais que c’est un beau spot.
Vincent était d’accord. Avant, il habitait Limoilou et quand il regardait dehors, il voyait juste l’appartement devant lui, tout proche. C’est un gars de plein air. Pour lui, être près de l’eau, voir loin, les montagnes... c’était important. C’est sûr qu’on s’éloignait de sa famille, qui est encore à Gatineau... et même si je me rapprochais de ma propre famille, quitter la ville pour ici, c’était quelque chose.
Vous vous êtes établis dans la région en quelle année?
On est dans notre quatrième année dans la région. Quand on a décidé de faire le saut, on ne trouvait rien. On avait visité quelques maisons, mais on se disait souvent que c’était trop cher, qu’il y avait trop de travaux à faire. Donc on a laissé faire.
On regardait une fois de temps en temps s’il y avait de nouvelles maisons à vendre et on a trouvé celle qu’on habite aujourd’hui. On s’est dit qu’on irait la voir pour le fun, mais finalement, elle répondait à nos besoins : pas trop grosse, bien entretenue... la seule chose qui me dérange un peu plus, c’est la proximité avec l’autoroute 20.
Je suis une personne qui aime le silence, mais parfois, quand le vent est dans une certaine direction, j’ai vraiment l’impression d’être assise directement sur la 20! Autrement, j’adore ça.
Est-ce que vous avez connu des défis d’intégration, au niveau personnel ou professionnel, après votre arrivée dans la région?
Oui quand même. Ce n’est pas si facile de se faire des amis quand tu n’es plus à l’école, que ton travail, c’est ton entreprise... on était tout le temps juste Vincent et moi, sur la route... on ne rencontrait pas beaucoup de monde du coin.
On ne trouvait pas la façon de s’intégrer. Avec le temps, on a commencé à aller manger dans les restaurants de la région. On a commencé à connaître les gens qui y travaillent, on s’est tranquillement bâti un réseau, mais c’était difficile.
Quand j’ai travaillé pour le Carrefour Jeunesse-Emploi Région L’Islet, ça m’a permis de tisser des liens, de développer des amitiés. Mais encore aujourd’hui, on est dans cet enjeu-là, à la recherche de relations plus solides. C’est un work in progress comme on dit.
Est-ce qu’une personne a été marquante pour faciliter votre intégration?
Je dirais Marjorie Milliard de Place aux Jeunes. Elle nous a permis de découvrir la région. Sinon, je dirais notre participation à l’événement Si tu restais en 2021, alors qu’on venait juste d’arriver dans Région L’Islet.
L’événement Si tu restais? On connaît bien le concours, mais peux-tu nous parler de cet événement?
La MRC de L’Islet avait organisé une journée avec différents producteurs de la région, des entreprises locales. La Chèvre et le Chou était là, Juan Morales des Jardins Herencia y était aussi et il donnait un spectacle, il y avait des ateliers.
Nous étions là avec le van, on a donné un atelier avec les abeilles. Ça a permis de faire connaître Melifera à la population de la région, de nous intégrer dans la communauté.
Qu’est-ce qui te fait tripper sur la vie en région?
Je pense que c’est le côté plus communautaire, plus village. J’ai habité pendant 10 ans à Montréal et je trouvais que c’était très individualiste. Tout le monde fait ses petites affaires, chacun pour soi. Ici, tu sens qu’il y a un effet de communauté, les petits spots, les petits cafés, les restos où on voit un peu toujours le même monde...
Ça contribue au sentiment d’appartenance. On se fait reconnaître avec Melifera, les gens savent de plus en plus qui on est, ce qu’on fait. Ils reconnaissent le van.
Le calme, surtout le calme! Il y a un feu de circulation, quelques stops. Quand on retourne en ville, il y a plein de voitures, plein de monde... On dirait que ça vient nous chercher en dedans. Pourtant, j’ai vécu à Montréal, j’ai vécu le trafic... on dirait que j’étais juste dedans, je ne m’en rendais pas compte jusqu’à ce que j’arrive ici.
C’est tellement relax. Parfois, on amène notre fils Oscar, qui a trois ans, en ville avec nous et on réalise qu’il n’a pas beaucoup été en contact avec des endroits très achalandés comme les centres commerciaux. Il n’a pas été exposé à ça.
J’ai réalisé que depuis qu’on est ici, je suis moins portée à aller en ville, même à Québec, alors que tu sais, j’habitais à Beaumont, pas loin de Lévis, de Québec... j’étais tout le temps rendue là, puis on dirait que maintenant... je vois moins l’intérêt. J’y vais pour des raisons précises, mais je ne suis plus portée à y aller tout le temps.
Des fois je m’ennuie de la ville... mais pas de l’impression d’être crowdée et du bruit!
Es-tu prête à nous révéler ton spot préféré de la région?
Oh mon spot préféré? C’est difficile... La rivière à Saint-Cyrille-de-Lessard, pour se baigner. C'est vraiment l’un de nos endroits préférés. C’est vraiment beau.
As-tu découvert une tradition locale ou un événement incontournable que tu souhaites nous partager?
Le Festival des Chants de marins et la Fête d’hiver. La Fête d’hiver, on aime vraiment ça, Vincent et moi y allons chaque année. Que ce soit pour aller glisser avec Oscar, pour prendre une petite bière dehors au Ras l’bock ou pour admirer les sculptures sur neige, c’est vraiment un bel événement.
Qu’est-ce qui t’a le plus surprise lorsque tu t’es installée dans Région L’Islet?
Les boulangeries le dimanche. Une fois, Vincent me disait : « Veux-tu un croissant? J’irais t’en chercher un. » Et j’étais comme... où ça? Tout est fermé!
Ça m’a surprise que le dimanche, à part le dépanneur ou l’épicerie, les petits commerces comme les boulangeries ou les cafés soient fermés.
On dit souvent qu’ils ne peuvent pas rester ouverts parce qu’il n’y a pas de monde, mais j’ai l’impression que c’est un cercle vicieux. Si on n’offre pas la possibilité, les clients ne viennent pas, ils tiennent pour acquis que c’est fermé. Je sais que certains de ces commerces sont ouverts le dimanche à Saint-Jean-Port-Joli par exemple, mais dans notre bout, on est comme pogné.
Et c’est encore pire l’hiver. J’avoue que c’est quelque chose qui m’a surprise, je trouve que l’hiver, c’est un peu “mort”. Une chance qu’on aime le plein air! Ça fait partie des choses qui me manquent de la ville, le côté plus culturel ou divertissement à l’année longue... ou juste d’aller boire un petit café et manger un croissant frais le dimanche!
Ça répond un peu à la question « À quoi aspires-tu pour la région ». On pourrait dire que tu aspires au développement de services de proximité constants?
Oui, puis de trouver le moyen que ce soit rentable pour eux aussi parce que je peux comprendre que c’est important. Il faut trouver le moyen d’attirer du monde été comme hiver, qu’on puisse avoir accès aux services de l’été, toute l’année.
Décrire Région L’Islet en 3 mots? Chaleureux, littoral... vacances? Pour moi, ici, ça a toujours été les vacances.


